KARIN CLERCQ – INTERVIEW

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Karin Clercq est une chanteuse et comédienne bruxelloise. En septembre dernier, la jeune artiste a sorti son quatrième album intitulé « La boîte de Pandore ». A travers cette interview, l’artiste vous invite à découvrir l’univers de ce nouvel album… 

Depuis combien de temps faites-vous de la musique? Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans la musique ?

Je fais de la musique en professionnel depuis 1999. J’ai rencontré Guillaume Jouan qui bossait à l’époque avec Christophe Miossec. Je devais jouer dans un court-métrage dont il avait composé la musique. Ce fut vraiment un coup de foudre artistique et on a très rapidement commencé à collaborer ensemble. La grande blonde bruxelloise et le petit punk breton, on faisait la paire. On était vraiment en phase et c’était le feu d’artifice créatif entre nous. Pendant une grosse année, j’ai fait des allers-retours Bruxelles – Rennes pour travailler avec Guillaume, moi à l’écriture, lui à la compo. Très rapidement on a eu un album complet. Et les réactions ont été très positives. On a signé chez PIAS et l’album Femme X, mixé par l’excellent Gilles Martin, est sorti en 2002 dans toute la Francophonie et en Allemagne. Ça a été un début assez fulgurant avec un accueil critique excellent. J’ai eu un prix au Québec et j’ai tourné beaucoup en France en Belgique en Allemagne. Ma première télé c’était sur France deux dans une émission de Nagui. Un duo avec Miossec. C’était surréaliste. Quand je vois aujourd’hui comme c’est dur de passer en télé, je peux vous dire qu’à l’époque, moi, je m’en rendais pas compte. je pensais que c’était normal:) J’ai un peu fait tout à l’envers en fait…

Je ne peux pas vraiment dire que quelque chose m’a poussé aller dans la musique au départ. On écoutait beaucoup de musique chez moi, j’étais baignée dans un univers de culture assez diversifié, peinture, histoire, musique, littérature, cinéma. Je rêvais de devenir actrice. J’ai fait le conservatoire de Liège et je suis sortie en 1998 avec un premier prix. Je dirais que ce qui m’a poussé à me lancer dans la musique, c’est avant tout l’écriture et le rapport à l’intimité qu’offre un micro. La littérature et la poésie sont pour moi essentielles. Et la musique m’offrait un vecteur d’expression différent, intense et intime. Je pouvais aborder à ma manière certains rôles ou certains sujets ou thématiques que je ne pouvais pas jouer moi-même directement comme comédienne, pour une question d’emploi, de sexe ou d’âge. La musique m’offrait une liberté et une indépendance nouvelle. Et une fois que tu as goûté à ça, tu sais plus t’en passer parce que ça te donne une liberté telle que tu deviens auteur de ta vie. Tu ne dépends plus que du désir des autres. Les notes et la mélodie touchent même si les mots ne sont pas compris. Le rapport avec le public est direct, très très fort, très intime. C’est magique.

Pouvez-vous nous parler de votre quatrième album intitulé “La boîte de Pandore” ? Quels sont les thèmes abordés dans celui-ci ?Quelles sont vos sources d’inspirations pour vos textes ?

« La boîte de Pandore » est mon quatrième album après « Femme X » en 2002 « Après l’amour » en 2005 et « La vie buissonnière » en 2009. C’est un album que j’ai réalisé avec la jeune génération, Alice Vande Voorde et Emmanuel Delcourt. Le fil conducteur de l’album est sans aucun doute l’espoir. Les textes sont assez sombres mais avec toujours une issue positive. Dans la musique c’est la même chose, il y a toujours à la fois un côté tendu, orageux et un côté très lumineux et très aérien. C’est vrai que j’ai toujours aimé osciller entre une fragilité extrême est une puissance, entre quelque chose de lourd et quelque chose de léger. Je trouve que c’est le contraste qui intéressant. Mes sources d’inspirations sont personnelles (ma vie et celles de mon entourage) mais aussi de façon plus concrète dans cet album, la société dans la quelle nous vivons. Le fait de passer 40 ans m’a positionné différemment, je pense. Envie d’écrire sur le monde qui nous entoure et de sortir de mes préoccupations égo centrées. La poésie et la mythologie m’inspirent aussi beaucoup. Ce qui touche à des questions essentielles comme pourquoi suis-je ici ? Qu’est-ce qui est important dans le fond ? Qu’est-ce que je peux faire pour améliorer la situation ? Une fois qu’on aura consommé, gaspillé, perdu notre temps, que restera-t-il d’essentiel à nos yeux ? J’ai notamment une chanson qui parle de la Belgique (Où allons-nous ?), une autre de l’engagement citoyen (Antigone), une autre des migrants (J’avance), une sur le Burn out (Tu me dis), sur la condition de la femme (Presque une femme). Écrit comme ça, les sujets ont l’air difficile mais je t’assure quand tu écoutes les chansons, ça reste des chansons et tu prends ce que tu veux y prendre.

Comment qualifieriez-vous votre musique ?

J’ai travaillé avec Alice Vande Voorde à la composition sur l’ensemble de l’album hormis deux titres. Elle travaille avec Kouzy Larsen, Valko. Elle est sortie du conservatoire de Mons il y a deux ans. C’est une compositrice et multi-instrumentiste vraiment talentueuse et très humaine. une putain de bosseuse aussi, elle en veut. On se complète bien. J’avais travaillé avec elle comme musicienne déjà sur deux autres projets Michael et moi et Kate & Joe BB qui sont les projets que j’ai réalisés dans l’intervalle entre mon troisième est mon quatrième album. Mais ici on est passé à la vitesse supérieure dans notre relation professionnelle. Mon autre partenaire de Musique est Emmanuel Delcourt. C’est lui qui a réalisé et arrangé cet album comme un orfèvre méticuleux et subtil. Je l’ai rencontré lors des Secrètes Session dans le festival Francofaune. Il y avait une forme d’évidence. Je l’ai très vite senti. Manu, c’est un parisien qui s’est d’abord installé à Liège pour travailler avec les groupes MLCD et Roscoe. C’est quelqu’un très très doué (il joue de tout:) à l’écoute et qui sait où il va. Je dois dire qu’il a vraiment capté mon univers. C’était bien de bosser avec des plus jeunes parce que ça m’a permis de me renouveler et de m’ancrer aussi dans les musiques actuelle sans pour autant dénaturer mon travail. Manu est arrivé avec une des tas de sons de clavier qui se sont alliés magnifiquement aux guitares que j’affectionne depuis mes débuts. C’est de la chanson française Indie je dirais. Avec un fond rock et pop. L’album a été enregistré ici à Bruxelles par Laurent Mathoux et Christophe Loncour et mixé à Lille par R3myboy, alias Remy Deliers. C’est vraiment toute une petite tribu qui s’est organisé autour de moi et qui m’a permis de faire vraiment l’album dont je rêvais. Sur scène c’est chouette aussi car Alice et Manu sont là avec moi pour défendre l’album. Et on été rejoint par l’excellent Mathieu Catala à la batterie. On a l’impression de jouer ensemble depuis des lustres. c’est fluide et vraiment agréable.

Pourquoi avez-vous décidé d’appeler votre album “La boîte de Pandore” ?

Parce que Pandore, une des premières femme humaine créée par Zeus pour se venger des hommes qui venaient de lui voler le feu (cfr histoire de Prométhée), a ouvert la boîte qu’elle avait promis de laisser fermée. Et que de cette boîte sont sortis tous les malheurs du monde, la maladie, les guerres et famines, et j’en passe. Quand elle a refermé la boîte, effrayée, seul l’espoir, plus lent à la détente était encore dedans. Je trouve que c’est une belle allégorie de ce que nous vivons aujourd’hui. « Il nous reste encore l’espoir dans la boite de Pandore, il nous reste encore l’espoir que l’homme s’améliore. » C’est le fil conducteur. Même si c’est un peu cynique car l’espoir ne suffit pas. Il faudrait surtout passer à l’action !:)

Nous pouvons trouver plusieurs collaborations sur votre album, notamment avec Sacha Toorop et Faon Faon. Comment ces collaborations sont-elles nées ?

Sacha avait enregistré toutes les batteries de mon troisième album en 2009. C’est un artiste que j’aime énormément. Il joue de la batterie d’une manière très personnelle et c’est ça qui me plait. Il est hors format. C’est aussi un auteur compositeur interprète passionnant, un poète. C’est la raison pour laquelle je lui ai aussi proposé de chanter en duo avec moi « Je garde » une chanson d’après rupture où il pose sa voix éraillée avec beaucoup de talent et d’émotion. Les Faon Faon je les ai rencontrées il y a 2 ans à la Ferme Du Biereau. Leur énergie et leur fusion vocale m’ont tout de suite séduite. Et puis on a appris à se connaître parce qu’on partage des locaux de répétition dans une pouponnière d’artistes et c’est donc tout naturellement que je leur ai proposé de venir poser leurs voix sur cette chanson féminine, « Presque une Femme », qui s’inspire du journal intime d’une jeune fille de la fin du 19ème.

Avec quel artiste rêveriez-vous de collaborer ? Et pourquoi ?

Dominique A ! Parce que je suis mega fan, parce que sa musique me parle, et ses textes aussi. Parce qu’il est intemporel et hors mode et qu’il suit sa trace en toute humilité.

Selon-vous, quel est l’artiste belge qui fera l’année 2019 ?

Kris Dane ! Son album, « UNSUI », est juste sublimissime. Quand j’écoute cet album, je me sens amoureuse, nostalgique, heureuse, éraillée et intense. C’est un bijou.

Retrouvez Karin Clercq en concert le samedi 15 décembre 2018 au Théâtre Jardin Passion (Namur).
Infos & réservation : https://theatrejardinpassion.be/.

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