Ozferti – Interview

OZFERTI

Ozferti, de son vrai nom Florian Doucet, est un artiste-musicien-illustrateur-beatmaker qui allie parfaitement expériences musicales et visuelles. Avec son premier album « Solarius Gamma », il nous plonge dans son univers solaire, éclectique et inspiré de la musique est-africaine. Embarquement immédiat pour un voyage vers les étoiles !

Pour commencer, d’où est venue l’idée du nom « Ozferti » pour votre nom de scène ?

L’idée de base était de créer un « alias » qui venait de loin …dans le temps et dans l’espace. Peut-être qu’inconsciemment le « ti » qui rappelle certains personnages historiques égyptiens est venu se greffer à d’autres sonorités comme le « OZ » qui peut faire penser à des mots turcs ou libanais. Je travaille beaucoup avec les sons donc c’est venu assez naturellement et puis mes amis proches réduisent naturellement le nom à OZ (prononcez ozzi).

Comment l’Éthiopie est-elle devenue une influence majeure dans votre projet ?

La musique éthiopienne fait partie de ma vie depuis longtemps. Je crois qu’elle a toujours été là. Peut-être que le déclencheur a été la bande son du film de Jim Jarmush « Broken Flowers », on y trouve beaucoup ethiojazz. Le projet Ozferti est né en 2016 après une longue période où je travaillais avec La Chiva Gantiva, groupe de musique colombienne. J’avais sans doute besoin de changer d’horizon musical et je connaissais déjà bien la musique mandingue, le highlife ghanéen ou l’afrobeat du Nigéria. Il me restait à explorer l’est de l’Afrique et j’ai été tout de suite conquis par la musique traditionnelle éthiopienne par sa finesse et son originalité. A mi-chemin entre la musique du Maghreb, de l’inde du moyen orient. Quelque chose d’à la fois très familier et très mystérieux. Et puis il y a aussi le mysticisme qui plane dans l’air lorsque l’on écoute attentivement. Les choses se sont précisées pour moi après mon voyage en Éthiopie. Se confronter à la réalité de terrain est très important dans mon travail, je peaufine sans cesse le projet au gré des rencontres et des discussions. Je crois que l’Éthiopie est ma deuxième maison aujourd’hui, je me sens très lié à ce peuple, je ne sais pas vraiment l’expliquer si ce n’est que je le sens dans mes os.

Pouvez-vous nous parler de votre premier album « Solarius Gamma » ?

Pour parler de « Solarius Gamma » il faut revenir 4 ans plus tôt, au début du projet Ozferti. J’ai commencé par des remixes et edits d’ethiojazz, sans me préoccuper de ce qui allait suivre. Et puis j’ai regardé le documentaire sur la conception de DUNE par Alejandro Jodorowsky, un film qui n’est pas sorti à l’époque dans sa forme d’origine et qui a été repris par David Lynch. Et ça a été le déclic, créer un univers complet empreint de science-fiction, de mysticisme et avec une forte inspiration d’Afrique de l’est. Suite à ça, je n’ai eu de cesse pendant ces 4 années de développer un monde autour de ce personnage Ozferti. « Solarius Gamma » est une galaxie aux confins de l’espace où les lois de la gravité, les religions, les rapports sociaux sont aux antipodes de ce que l’on peut vivre sur terre.

L’album est donc conçu comme un voyage, un tour d’horizon de ce monde. J’espère développer une trilogie autour de ce premier album, comme une sorte de zoom galaxie-planète-continent … l’avenir le dira. C’est en perpétuelle évolution. Ce qui est sûr, c’est que je n’ai pas fini d’explorer la culture éthiopienne et plus largement l’Afrique de l’Est.

On trouve donc sur cet album beaucoup d’artistes éthiopiens avec qui j’ai collaboré en mars 2019, lors de mon voyage en Éthiopie. Suite à l’invitation pour une série de dates par l’alliance française, nous sommes partis sur les routes avec mon ingénieur son de l’époque Romain Boonen. De Addis Abeba (la capitale) à Dire Dawa dans l’Est, les rencontres ont été géniales. Que ce soit avec des joueurs de masenqo (violons droit monocorde, très présent dans la musique traditionnelle) ou des chanteurs, nous sommes revenus avec une belle série d’enregistrements. Pendant un an, il a fallu organiser de façon cohérente les prises de voix et d’instruments avec mes compositions. C’était une longue route…vraiment.

Pour présenter cet album, vous avez sorti le clip de « Hagir Fikir ». Pourquoi avoir choisi ce titre en particulier ?

Je pense que c’est le titre le plus fort de l’album. Il synthétise tout mon travail depuis 4 ans. Un mélange de musique électronique anglaise (bassmusic, uk garage, grime, dubstep…) et tout cette inspiration éthiopienne qui me fait avancer artistiquement aujourd’hui. De plus le titre « Hagir Fikir », est un hommage au plus vieux théâtre populaire d’Éthiopie. C’est sous les conseils d’un ami Kidus Berhanu, habitant à Addis Abeba, que le titre est venu. Il veut dire en amharique : « amour du pays ». Je pense que c’est aussi ma déclaration d’amour à l’Éthiopie.

Vous avez réalisé ce titre en compagnie de la chanteuse éthiopienne Eténèsh Wassié. Comment cette collaboration est-elle née ?

J’ai rencontré Etenesh la première fois, chez un ami, à Addis Abeba. Elle m’a tout de suite plus, humainement parlant. C’est quelqu’un avec un charisme et aussi une joie intérieure. Nous avons organisé par la suite une session d’enregistrement à l’alliance française d’Addis Abeba. Je lui ai fait écouter quelques titres en préparations dont le morceau qui allait devenir « Hagir Fikir ». Elle a tout de suite été intriguée et partante pour enregistrer. Elle ne connaissait pas mon travail et elle a été d’une incroyable énergie pendant la session. Nous étions sous le charme avec mon ingénieur son et le contact s’est fait très naturellement. Un de mes meilleurs souvenirs de cet album.

Nous avons pour habitude de terminer nos interviews avec cette question : Selon-vous, quel est l’artiste belge qui fera l’année 2020 ?

Ne citer qu’un artiste est difficile. J’aime beaucoup Isha en hiphop, je trouve qu’il y a quelque chose de très fort qui se dégage de son dernier album. Je pense aussi que Cheb Runner, qui mélange musique marocaine et électronique ferra parler de lui. Et pour finir il y a Echt!, du jazz électro avec une très chouette formule en live.

Solarius Gamma - Ozferti